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Pastel à l'huile : guide et techniques

  • Caroline Llorca
  • 18 juin
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours



On le croise souvent dans les rayons beaux-arts, coincé entre les crayons de couleur et les pastels secs, sans toujours savoir exactement à quoi il ressemble ni comment l'utiliser. Et pourtant, ce pastel mérite vraiment qu'on s'y attarde.

C'est un outil à part entière, avec sa propre personnalité : accessible dès les premiers essais, mais capable d'une grande richesse expressive entre les mains d'un artiste aguerri. Ni vraiment crayon, ni vraiment peinture, il occupe un territoire qui lui est propre et c'est précisément ce qui le rend si fascinant.

Avant de passer aux techniques, prenons le temps de mieux le connaître : ce dont il est fait, ce qui le distingue de ses proches cousins, et pourquoi il séduit autant les débutants que les peintres confirmés.


Histoire et évolution du pastel à l’huile


Les origines : Picasso et Sennelier

L'histoire de ce pastel commence dans les années 1940, dans une boutique parisienne bien connue des artistes : la maison Sennelier, installée quai Voltaire depuis 1887. C'est là que Pablo Picasso, en quête d'une nouvelle pratique expressive, soumet une requête particulière aux équipes de la maison : créer un bâtonnet de couleur gras, intense, qui glisse sur n'importe quel support sans nécessiter de fixatif.

Le défi est relevé. En 1949, les premiers pastels à l'huile Sennelier voient le jour : une formule à base de pigments, d'huile et de cire, pensée pour répondre aux exigences des plus grands artistes. Henri Goetz et Henri Sennelier finalisent ensemble cette recette qui va révolutionner le monde des arts plastiques.

Ce qui frappe dans cette naissance, c'est son caractère presque artisanal : un artiste, une maison, une conversation. Et pourtant, de cette rencontre naît ce pastel qui allait traverser les décennies et conquérir les ateliers du monde entier.



Du matériel scolaire au médium artistique reconnu


Pendant longtemps, le pastel gras a souffert d'une image un peu ingrate. Disponible dans les grandes surfaces sous forme de petits coffrets colorés bon marché, il était surtout associé aux cahiers de coloriage et aux ateliers du mercredi. Un outil pour enfants, pensait-on, pratique, peu salissant, sans grande prétention artistique.

Mais les artistes, eux, ont vite compris son potentiel. Progressivement, les fabricants ont développé des gammes professionnelles aux pigments plus concentrés, aux nuances plus riches, à la texture plus fondante et généreuse. Des marques comme Sennelier, Caran d'Ache ou Talens ont contribué à repositionner le pastel gras comme un médium à part entière, digne des plus grandes réalisations.

Aujourd'hui, il trouve sa place aussi bien dans les ateliers d'art contemporain que dans les cours pour débutants. Une belle revanche pour ce petit bâtonnet longtemps sous-estimé.


Qu'est ce que le pastel à l'huile?


Composition et fabrication 


Le pastel à l'huile, c'est avant tout une histoire de mélange. Chaque bâtonnet est composé de pigments colorés, les mêmes que ceux utilisés en peinture, liés à de l'huile non siccative (c'est-à-dire une huile qui ne sèche pas, comme l'huile minérale) et à de la cire. C'est précisément ce trio qui lui donne son caractère si particulier : une texture grasse, souple, qui glisse sur le support sans jamais vraiment durcir complètement.

Contrairement à la peinture à l'huile classique, il n'y a ici ni eau, ni solvant nécessaire pour poser la couleur. Il se travaille directement, à la main. On pose, on frotte, on superpose… et la matière répond aussitôt.

La proportion entre huile et cire varie selon les fabricants et les gammes : plus il y a de cire, plus le bâtonnet sera ferme et précis ; plus l'huile domine, plus il sera fondant et lumineux. C'est pourquoi deux marques peuvent offrir des sensations très différentes, même avec des couleurs similaires. Un bon point à garder en tête quand viendra le moment de choisir votre première boîte !


Pastel à l'huile ou Pastel sec : quelles différences ?


On confond souvent les deux, et c'est bien compréhensible puisqu'ils partagent le même nom et se ressemblent à première vue. Mais dans la pratique, ce sont deux expériences très différentes.

Le pastel sec est composé de pigments liés à très peu de liant, ce qui lui donne une texture poudreuse et veloutée. Il s'estompe avec légèreté, produit des effets doux et nuancés, mais reste fragile : il s'envole facilement, salit, et nécessite un fixatif pour ne pas s'effacer au moindre effleurement.

Ce bâtonnet gras, lui, c'est une tout autre histoire. Sa texture est grasse, crémeuse. Il adhère fermement au support, ne poudroie pas et ne nécessite pas de fixatif en cours de travail. On peut appuyer, superposer, mélanger avec les doigts sans craindre de tout effacer d'un souffle.

Côté rendu, le pastel sec offre des effets plus aériens. Il est parfait pour les ciels doux ou les portraits par exemple. Le pastel à l'huile, quant à lui, produit des couleurs plus intenses, plus saturées, avec une profondeur proche de la peinture.

Et pour la facilité d'utilisation ? Les deux sont accessibles aux débutants, mais il pardonne peut-être un peu plus : pas de poussière à gérer, pas de fixatif à appliquer entre chaque séance, et une matière qui reste manipulable longtemps. Un vrai avantage quand on débute et qu'on aime prendre son temps.


Pastel ou pinceau : deux gestes, deux univers


Si vous avez déjà exploré les techniques de peinture à l'huile, vous retrouverez dans le pastel gras une certaine familiarité : la richesse des couleurs, la profondeur des nuances, la possibilité de superposer les couches. Mais l'expérience reste fondamentalement différente.

Avec la peinture à l'huile, on travaille avec des pinceaux, des liants, des diluants. C'est une pratique qui demande une certaine organisation, un matériel spécifique, et une bonne gestion du temps de séchage. Le pastel gras, lui, se passe de tout cela : pas de pinceau, pas de palette, pas de diluant indispensable pour commencer. On saisit le bâtonnet, et on dessine. C'est aussi simple que ça.

L'autre grande différence tient à la texture et au geste. La peinture se pose, se dilue, se travaille en couches liquides. Le pastel gras se dépose, se frotte, se superpose en strates solides. Le rapport à la matière est plus direct, on a vraiment l'impression de sculpter la couleur avec les mains.

Pour un artiste qui souhaite explorer de nouveaux territoires, ou pour un débutant qui cherche un premier médium expressif sans trop de contraintes techniques, le pastel à l'huile représente une belle porte d'entrée.


Quel matériel pour débuter ?


L'un des grands atouts du pastel gras, c'est sa polyvalence. Il adhère à une grande variété de surfaces, ce qui laisse beaucoup de liberté pour expérimenter. Quelques règles de base tout de même : la surface doit avoir suffisamment de texture pour accrocher la matière. Un papier trop lisse, par exemple, ne retiendra pas bien le pigment et donnera un rendu décevant.


Pour débuter, voici les supports les plus adaptés :


  • Le papier texturé ou grain torchon : accessible, économique, idéal pour s'exercer sans pression ;

  • La carte pastel : spécialement conçue pour les médiums gras, elle offre une belle accroche et des formats variés ;

  • La toile préparée au gesso : pour un rendu plus pictural, proche de la peinture ;

  • Le bois enduit : une surface rigide qui convient bien aux effets de matière épais.

L'avantage avec le pastel à l'huile ? Pas besoin de préparer longuement sa toile. On pose, on crée, on avance.


Les outils complémentaires indispensables :


Le pastel gras se travaille volontiers avec les doigts — c'est même l'un de ses grands plaisirs. Mais quelques outils supplémentaires permettent d'aller plus loin :

  • Des estompes pour les fondus délicats ; 

  • Un chiffon doux pour étaler les grandes zones de couleur ;

  • Une spatule ou un outil pointu pour le sgraffite ;

  • De l'essence de térébenthine pour diluer et obtenir des effets aquarelle ;

  • Du papier absorbant pour nettoyer entre deux couleurs.


Inutile de tout acheter d'un coup. Une première boîte de pastels, du papier texturé et vos doigts suffisent largement pour commencer à explorer ce médium avec plaisir.



Les techniques de base : estompage, superposition, application directe


Le grand plaisir de ce crayon gras, c'est qu'on peut se lancer sans mode d'emploi complexe. Quelques gestes suffisent pour obtenir des résultats expressifs dès les premières séances.


  • L'application directe

C'est le point de départ naturel : on pose le bâtonnet sur le fond et on dessine. On peut travailler à la pointe pour des traits précis, ou à plat pour couvrir de grandes zones. La pression joue un rôle important : légère, elle donne des couleurs transparentes et aériennes ; plus appuyée, elle dépose une matière dense et intense.


  • L'estompage

C'est ici que les doigts entrent en jeu. En frottant doucement la couleur déposée, on obtient des dégradés doux et des fondus subtils. On sent alors la matière se transformer sous la main, s'adoucir, se fondre. Une estompe ou un chiffon peuvent aussi faire l'affaire pour les grandes zones.


  • La superposition de couches

Il se prête très bien au travail en strates. On pose une première couleur, on laisse quelques instants, puis on superpose une deuxième teinte. Les couleurs se mélangent partiellement, créant différentes nuances. C'est aussi comme ça qu'on construit progressivement la lumière dans une composition.


  • La dilution à l'essence

En appliquant un peu d'essence de térébenthine sur la couleur déposée, on obtient des effets presque aquarellables : la matière se liquéfie, se diffuse, et crée des zones translucides très proches d'un lavis. Une belle façon d'explorer les possibilités de ce liant.


Les techniques avancées : sgraffite et impasto


  • Le sgraffite

Du terme italien graffiare, griffer, cela consiste à gratter la couleur déposée avec un outil pointu : une spatule, le bout d'un pinceau, un cure-dent, ou même un ongle. En retirant la matière en surface, on révèle la couche inférieure et on crée des effets de contraste saisissants.


  • L'impasto

L'impasto, c'est l'art d'accumuler la matière. On superpose les couches généreusement, on appuie, on charge la toile jusqu'à créer un véritable relief. Le résultat est saisissant : la couleur prend du volume, capte la lumière différemment selon l'angle, et donne à la composition une présence presque sculpturale.

Pour réussir un bel impasto, il est conseillé de travailler sur un quelque chose de rigide, une planche de bois enduit par exemple, qui supportera mieux le poids de la matière accumulée. Sur papier, on réservera cette technique aux zones ciblées plutôt qu'à l'ensemble de la composition.

Ces deux approches partagent un point commun : elles invitent à lâcher le contrôle, à faire confiance au geste. Et c'est souvent là que naissent les œuvres les plus surprenantes.



Conserver et protéger vos créations 


C'est souvent la question qu'on se pose après avoir terminé une œuvre : comment la protéger dans la durée ? Le pastel gras a ses propres particularités à connaître.


  • Le séchage

Contrairement à d'autres médiums, il ne sèche pas vraiment, ou très lentement. La surface peut rester légèrement collante pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon l'épaisseur des couches déposées. Il est donc conseillé de laisser la production à plat, à l'abri de la poussière, avant de la manipuler ou de l'encadrer.


  • Fixer et vernir

Un siccatif peut être appliqué pour accélérer le processus de séchage. Une fois l'œuvre bien stabilisée, un vernis adapté viendra protéger les couleurs et fixer définitivement la surface. Attention à bien choisir un vernis compatible car certains vernis acryliques ne conviennent pas au pastel gras et peuvent altérer le rendu.


  • L'encadrement

Pour encadrer une création, il est indispensable d'utiliser un passe-partout : une baguette d'espacement entre l'œuvre et le verre. Sans cela, la surface encore sensible risque de coller au verre et d'être irrémédiablement abîmée. On privilégiera également un verre anti-UV.

Avec ces quelques précautions, vos créations en pastel à l'huile pourront traverser les années en conservant tout leur éclat.


Ce qu'il faut retenir


Le pastel à l'huile est un médium riche, accessible et profondément expressif. Composé de pigments, d'huile et de liant cireux, il offre une matière généreuse et immédiate, que l'on pose, estompe et superpose directement sur le support.

Né dans les années 1940 d'une collaboration entre Picasso et la maison Sennelier, il a su s'imposer bien loin de son image de crayon scolaire pour devenir un médium artistique reconnu et apprécié des artistes du monde entier.

Que vous choisissiez d'explorer l'estompage doux, la superposition de couleurs, le sgraffite expressif ou l'impasto en relief, chaque geste vous rapproche un peu plus de votre propre langage visuel. Et avec quelques précautions simples pour conserver et encadrer vos œuvres, vos créations pourront traverser le temps en gardant tout leur éclat.

Comme dans les peintures de Marie Stahl, c'est souvent en osant explorer un nouveau médium que naissent les plus belles surprises.



FAQ


Quel support pour le pastel à l'huile ?


Les pastels à l'huile sont un médium polyvalent qui adhère à de nombreux supports tels que le papier, le carton, la toile, le bois, la pierre et même des surfaces lisses comme le verre ou le plastique.


Quelle est la différence entre un pastel tendre et un pastel à l'huile ?


Le pastel tendre ou pastel sec est composé de pigments purs, d'une charge (comme de la craie) et d'un liant à base d'eau et de gomme naturelle. 

Le pastel à l'huile est compose de pigments mélangés à des huiles non siccatives ( qui ne sèchent pas à l'air) et de cires.



Comment estomper des pastels à l'huile ?

Estomper les pastels à l'huile consiste à fondre, étaler ou lisser les pigments pour créer des transitions douces et des dégradés. Cela peut se faire au doigt, avec un chiffon doux, une estompe en papier, ou en diluant le médium pour un effet de peinture. 



Rédigé par Caroline Llorca



 
 
 

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